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Comment stocker et faire sécher son bois de chauffage ?

Monter un tas de bois se fait dans un ordre précis : choisir l'emplacement, poser un support, empiler du bois fendu, ne couvrir que le dessus, contrôler avant de brûler. Comptez ensuite 12 à 24 mois selon l'essence. Voici les gestes, la place à prévoir et le rattrapage d'un tas mal parti.

8 min de lecture

Où installer son tas de bois

Le bon emplacement est dehors, à l'air libre, sous une simple couverture : un appentis ouvert, un abri à claire-voie, un auvent le long d'un bâtiment. Ce qui compte n'est pas d'être au sec, c'est d'être dans un courant d'air. Un tas qui prend la pluie sur son flanc sèche mieux qu'un tas enfermé.

Passez vos emplacements possibles au même filtre, dans cet ordre :

  • Le vent avant le soleil. Un tas exposé au vent dominant sèche même par temps couvert. Cherchez le côté du terrain qui prend le plus d'air et le moins de pluie battante, jamais un angle mort coincé entre deux murs.
  • Le sol doit s'égoutter. Une bande d'herbe qui reste détrempée en février remouille le rang du bas toute l'année, quel que soit le support posé dessus. Un gravier, une dalle, un terrain qui draine valent mieux qu'un creux de jardin.
  • Décollez la pile du mur. Plaquée contre une façade, la rangée arrière ne voit jamais l'air et reste verte quand le reste est prêt. Réservez un passage derrière, même étroit.
  • L'accès compte autant que l'exposition. On vide son tas en janvier, sous la pluie, à la nuit tombée. Un fond de jardin sans allée devient très vite un tas qu'on ne va plus chercher, et une réserve qu'on remplace par du bois acheté dans l'urgence.

Deux emplacements sont à écarter, et ce sont exactement les deux qu'on choisit d'instinct. La cave est humide et sans renouvellement d'air : le bois n'y sèche pas, il y moisit. Elle ne vaut que pour ranger quelques bûches déjà sèches, celles de la semaine. Le garage fermé fait la même chose en pire, parce qu'on y entasse plusieurs stères d'un coup : l'eau que le bois relâche reste dans le volume et retourne dans les bûches. Un coin de garage ne tient que s'il est réellement ventilé et ouvert sur l'extérieur.

Comment bien stocker du bois de chauffage et les erreurs à ne surtout pas commettreLes Dénicheurs

Monter son tas, étape par étape

Le jour de la livraison, l'ordre des gestes compte autant que les gestes : on ne couvre pas un tas qui n'existe pas, et on ne déplace pas cinq stères parce qu'on a oublié le support.

  1. Choisissez l'emplacement avant de décharger. Marchez-le, regardez d'où vient le vent, vérifiez que le sol ne retient pas l'eau et que vous y accéderez en plein hiver. C'est la seule étape qu'on ne rattrape pas sans tout remanier.
  2. Posez le support. Palettes, parpaings, tasseaux, deux rondins en travers : n'importe quoi qui décolle la première bûche de la terre. Sans ce geste, le sol renvoie son humidité par capillarité et le rang du bas noircit pendant que le reste sèche.
  3. Empilez du bois déjà fendu, sans serrer. Une bûche fendue offre à l'air une face sans écorce, par laquelle l'eau part. Montez des rangs peu profonds plutôt qu'un bloc épais, croisez les bûches aux deux extrémités pour tenir la pile debout, et laissez du jour entre elles : un tas compact ne sèche que sur sa peau.
  4. Ne couvrez que le dessus. Une tôle, un panneau, une bâche posée en toiture avec un peu de débord et lestée aux angles. Dès qu'une bâche descend sur les côtés, elle referme le tas : l'eau évacuée dans la journée se condense sous le plastique la nuit et retombe dans les bûches. Sur le dernier rang, posez les bûches écorce vers le haut, elle fait gouttière.
  5. Contrôlez avant de brûler, pas au calendrier. Une pile montée un printemps n'est pas prête parce que 18 mois ont passé : elle est prête quand le bois le dit. C'est la dernière étape, et c'est celle qu'on saute.

Votre tas est déjà monté et cette liste vous donne le sentiment d'avoir tout à refaire ? Ce n'est presque jamais le cas. Passez directement au rattrapage, plus bas : il se fait rang par rang, sans tout défaire.

Quelle place prévoir pour son tas

Un stère ne demande pas la même place selon la longueur de coupe. Un stère, c'est un mètre cube de bûches d'un mètre empilées ; recoupé plus court, le même bois s'empile plus serré, perd de l'air entre les bûches et donc du volume apparent. Comptez 0,8 m³ en 50 cm, 0,7 m³ en 33 cm et 0,6 m³ en 25 cm, ce qui change ce qu'un stère occupe vraiment sans rien changer à la quantité de bois.

Multipliez ce volume par votre réserve annuelle : moins de 3 stères en usage occasionnel, 3 à 6 en chauffage d'appoint, 5 à 10 en chauffage principal. Ce sont des ordres de grandeur à affiner avec le volume à prévoir pour la saison.

Réserve annuelleBûches de 50 cmBûches de 33 cmBûches de 25 cm
3 stères, usage occasionnel2,4 m³2,1 m³1,8 m³
5 stères, chauffage d'appoint4 m³3,5 m³3 m³
8 stères, chauffage principal6,4 m³5,6 m³4,8 m³

Attention, ces chiffres sont des volumes, pas une place au sol. Pour convertir en longueur de mur à réserver, divisez le volume par la hauteur à laquelle vous montez vos rangs et par leur profondeur : vous êtes seul à connaître ces deux valeurs, et aucune règle générale ne les remplace honnêtement. Prévoyez large plutôt que juste. Un abri se remplit toujours avant d'être vide, et le bois d'une saison croise toujours celui de la suivante.

Combien de temps compter, essence par essence

Comptez environ 18 mois de séchage à l'air libre, c'est le repère retenu par l'ADEME. Lisez-le comme une moyenne : l'essence fait varier le résultat du simple au double.

EssenceDurée à l'air libreCe qui joue
Chêne18 à 24 moisDense et tannique, il rend son eau lentement
Hêtre12 à 18 moisLe plus polyvalent des feuillus durs
Frêne12 à 18 mois, souvent proche de 12L'essence qui sèche le plus vite du groupe
Acacia12 à 18 moisComparable au frêne
Résineux12 à 18 moisTrès dépendant de l'exposition du tas

Deux gestes de montage déplacent ces durées plus sûrement que le choix de l'essence. Fendre : un rondin garde son écorce tout autour, qui fait barrage, et demande six mois à un an de plus que la même bûche fendue. Couper court : l'eau sort surtout par les extrémités, donc une bûche de 25 cm sèche plus vite qu'une bûche de 50 cm, arbitrage qui se paie ailleurs et qui dépend de votre foyer, comme l'explique ce que la longueur de coupe change. Le tableau ci-dessus vaut pour du bois fendu et rangé ; il ne vaut pas pour un tas de rondins jeté en vrac. Sur ce que chaque essence rend une fois sèche, voyez le pouvoir calorifique groupe par groupe.

Rattraper un tas mal monté

Non, il ne faut presque jamais tout défaire. Un tas se reprend par le haut, rang par rang, et l'essentiel du bois reste récupérable. Trois situations couvrent la quasi-totalité des cas.

  • Le rang du bas est noir et mou. La pile est posée à même la terre. Défaites ce seul rang, glissez des palettes dessous, remontez par-dessus les bûches saines. Celles qui s'enfoncent sous l'ongle et pèsent lourd d'eau ne redeviendront pas du combustible : elles ont perdu de la matière, pas seulement leur sécheresse.
  • Tout sent le moisi et rien n'a séché. Le tas est bâché jusqu'au sol, ou enfermé. Retirez la bâche des côtés le jour même, c'est la correction la plus rentable de toute cette page. Puis rouvrez la pile : refendez en deux les grosses bûches, réempilez en croisant les rangs, laissez du jour partout. Une saison chaude suffit souvent à remettre le stock dans les clous.
  • Rien n'a bougé après deux hivers. Le bois n'a jamais vu d'air. Ce n'est plus une affaire de durée mais de place : déplacez la pile au lieu d'attendre une saison de plus, en reprenant la méthode plus haut dans l'ordre. Deux ans d'attente supplémentaires au même endroit donneront le même résultat.

Le bois mi-sec : combien de temps encore ?

Comptez environ six mois de plus, à condition qu'ils tombent au bon moment. Du bois mi-sec, entre 25 et 35 % d'humidité, n'est pas du bois raté : c'est du bois dont le séchage est commencé et qu'il faut finir chez soi. Un tas mi-sec monté au printemps a tout l'été devant lui, et l'été fait le gros du travail. Le même bois empilé en novembre ne fera rien de l'hiver et brûlera mal en janvier. La règle tient en une phrase : ce n'est pas la durée qui sèche, c'est la belle saison passée sous abri. Le mi-sec n'est d'ailleurs pas un défaut de qualité mais une classe, celle qui reste au-dessus de 20 %, et il vaut de savoir ce que les mentions d'humidité engagent.

Vérifier que le bois est prêt

Le calendrier donne une tendance, pas une réponse. Un bois prêt s'annonce par des signes que le tas donne de lui-même : extrémités fendillées, écorce qui se détache, son clair quand deux bûches s'entrechoquent. Aucun de ces signes ne remplace le contrôle, qui consiste à fendre une bûche et à mesurer le taux d'humidité à coeur, en visant 20 % ou moins. Une bûche est toujours plus sèche en surface qu'en son centre, et c'est le centre qui décide.

Les repères de cette page

  • L'ADEME recommande environ 18 mois de séchage
  • Chêne 18 à 24 mois, frêne et acacia 12 à 18 mois, résineux environ 12 à 18 mois
  • Hêtre 12 à 18 mois, essence polyvalente ; le frêne est le plus rapide du groupe, proche de 12 mois
  • Ne pas poser au sol, couvrir uniquement le dessus
  • Ni cave ni garage fermé : l'humidité s'y accumule et le bois moisit
  • Empilage non serré, bûches croisées aux extrémités, écorce vers le haut sur le dernier rang
  • Un rondin demande six mois à un an de plus qu'une bûche fendue
  • Volume apparent par stère : 0,8 m³ en 50 cm, 0,7 m³ en 33 cm, 0,6 m³ en 25 cm
  • Réserve annuelle : moins de 3 stères en usage occasionnel, 3 à 6 en appoint, 5 à 10 en chauffage principal
  • Bois mi-sec entre 25 et 35 % d'humidité, environ six mois de séchage restant
  • Bois prêt à brûler à 20 % d'humidité ou moins, mesuré à coeur
  • Au-delà de cinq ans environ sous abri, le bois se pique et perd de sa matière

Vos questions

Faut-il monter deux tas séparés quand on a deux saisons d'avance ?

Oui, et c'est le geste qui évite le plus d'erreurs. Une pile par saison, avec la plus ancienne du côté où l'on vient se servir : on brûle celle qui est prête, on remplit la place libérée avec la livraison suivante. Sur un tas unique, le bois neuf se retrouve posé sur l'ancien et c'est toujours le moins sec qu'on prend en premier.

Le bois livré en vrac peut-il attendre avant d'être rangé ?

Quelques jours, oui. Une saison, non. Un tas jeté en vrac ne sèche que sur sa peau, se tasse sous son propre poids et garde l'eau au centre du monticule. Après une livraison, l'urgence n'est pas de le couvrir, elle est de le ranger : une bâche sur du bois en vrac ne fait qu'enfermer l'humidité.

Une averse sur un tas découvert remet-elle le séchage à zéro ?

Non. La pluie mouille la surface des bûches, elle ne réhydrate pas le coeur d'un bois déjà sec : quelques jours de vent suffisent à le remettre en état. Ce qui ne se rattrape pas, c'est l'eau qui n'est jamais partie du centre, faute de circulation d'air. D'où la règle de ne couvrir que le dessus plutôt que de tout emballer.

Peut-on garder du bois de chauffage trop longtemps ?

Oui, et cela finit par se voir. Passé cinq ans environ sous abri, une bûche se pique d'insectes xylophages et perd de sa matière : elle s'enflamme vite, chauffe peu et se consume sans tenir. Un stock bien géré tourne sur deux à trois saisons, jamais davantage.

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