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Bois sec

Comment mesurer le taux d'humidité de son bois de chauffage ?

La mesure juste se prend au coeur d'une bûche fendue en deux, jamais sur l'écorce ni sur la face extérieure, qui sèchent bien plus vite que le reste. Deux pointes plantées dans le bois frais, quelques bûches contrôlées, et le tas se laisse juger : 20 % ou moins, il est prêt à brûler.

8 min de lecture

Mesurer à l'humidimètre, étape par étape

Un humidimètre est un boîtier de poche muni de deux pointes métalliques que l'on enfonce dans le bois. L'appareil fait passer un courant très faible d'une pointe à l'autre et mesure la résistance rencontrée : le bois sec conduit mal l'électricité, le bois chargé d'eau la conduit bien. Cette résistance est traduite en pourcentage et s'affiche en une seconde. C'est le seul outil domestique qui donne un chiffre là où tout le reste donne une impression.

Il est fait pour la bûche, et pour elle seule. Le granulé et la bûche densifiée sortent de fabrication avec un taux d'humidité garanti par leur mode de production, il n'y a rien à contrôler chez soi. Sur une bûche, au contraire, le chiffre dépend entièrement de l'endroit où vous plantez les pointes. D'où l'ordre des gestes, qui compte autant que le geste lui même.

La séquence tient en quatre temps :

  1. Fendez une bûche en deux. Choisissez-la de section moyenne, prise au milieu de la pile plutôt que sur le dessus ou en bout de rangée. La face qui vient de s'ouvrir est la seule qui dise la vérité sur le coeur : tout ce qui a été exposé à l'air est déjà plus sec que l'intérieur, et c'est l'intérieur que vous allez brûler.
  2. Plantez les deux pointes dans la partie fendue, au tiers de la longueur de la bûche, enfoncées de 5 à 10 mm, jamais sur l'écorce. Les pointes doivent toucher le bois nu : à travers un reste d'écorce ou un film plastique de conditionnement, l'appareil mesure autre chose que votre bûche.
  3. Recommencez sur plusieurs bûches du même tas, prises à des endroits différents de la pile. L'humidité varie sensiblement d'une pièce à l'autre selon sa place et son exposition. Retenez la moyenne des relevés, pas la meilleure valeur : c'est le tas entier que vous allez charger dans le poêle, pas la bûche la plus flatteuse.
  4. Lisez le résultat. 20 % ou moins, le bois est prêt à l'emploi : c'est la classe H1 de la norme NF. Au dessus, il lui reste du séchage à faire, et ce qui suit se joue au stockage plus qu'au poêle.

Quand faire la mesure

Deux moments méritent le détour. À la réception d'un bois annoncé sec, d'abord : le contrôle prend quelques minutes et vous dit ce que vous avez réellement dans la cour, avant que la pile ne soit montée et devenue inaccessible. Avant de rentrer votre propre bois, ensuite, quand la pile a passé la saison sous abri et que vous hésitez à l'ouvrir. Dans les deux cas, l'humidité n'est qu'un repère parmi les autres critères qui font un bon bois de chauffage : une bûche parfaitement sèche mais trop longue pour le foyer reste inutilisable.

Les erreurs qui faussent la mesure

Un humidimètre se trompe rarement. C'est la façon de le poser qui se trompe, et la plupart des erreurs tirent la lecture vers le bas, donc du mauvais côté : elles font passer pour sec un bois qui ne l'est pas. Cinq suffisent à rendre un chiffre inutilisable.

Mesurer sur l'écorce ou sur la face extérieure. C'est la plus fréquente et la plus coûteuse. Une bûche stockée sous abri présente une surface bien plus sèche que son coeur : les pointes posées là affichent un résultat rassurant sur un bois qui ne l'est pas. Quant à l'écorce, elle n'est pas du bois et ne dit rien de ce qu'il y a dessous.

Se fier à une seule bûche. Une pile ne sèche pas d'un bloc. Les bûches du dessus et des extrémités prennent le vent, celles du fond restent chargées bien plus longtemps. Un relevé isolé décrit une bûche, jamais un tas.

Mesurer un bois mouillé. Après une pluie, une nuit de brouillard ou un transport à découvert, l'eau posée en surface fait grimper l'affichage sans rien dire du coeur. Rentrez les bûches deux à trois heures dans un endroit sec et ventilé, puis recommencez.

Mesurer un bois gelé. Sur une bûche prise par le gel, le relevé n'est pas exploitable : l'eau gelée ne se comporte plus de la même façon vis à vis du courant. Attendez que le bois soit revenu à température avant d'y planter quoi que ce soit.

Ignorer l'échelle sur laquelle l'appareil affiche. Celle-ci est invisible et elle change tout. La filière bois énergie, comme la norme, raisonne en humidité sur masse brute : l'eau rapportée au poids de la bûche telle qu'elle est, dans la main. Les métiers du bois d'oeuvre, et une partie des appareils vendus au grand public, affichent l'humidité sur masse anhydre : la même eau, rapportée cette fois au poids du bois une fois totalement séché. Le dénominateur change, donc le pourcentage aussi. Un bois qui affiche 25 % sur masse anhydre en est à 20 % sur masse brute : le même bois, deux chiffres. Un coup d'oeil à la notice avant la première mesure évite de condamner un bois parfaitement bon.

Estimer sans humidimètre : fissures, écorce et son

Sans appareil, quatre indices se lisent à l'oeil, à la main et à l'oreille. Aucun ne remplace un chiffre. Réunis, ils permettent de trier un tas en quelques minutes et surtout de repérer les bûches à écarter, ce qui est déjà beaucoup quand on a une pile entière devant soi.

Les fissures en étoile. Regardez la section, pas le flanc. Un bois qui a séché a travaillé : des fentes partent du coeur vers l'écorce, comme les rayons d'une roue. Plus elles sont ouvertes, plus la bûche a perdu d'eau. Prudence tout de même, une pièce peut se fendiller en surface et rester chargée au centre si elle a séché trop vite, plein soleil et sans abri.

L'écorce qui se détache. Sur un bois avancé, elle se soulève à l'ongle, ou elle est déjà tombée au fond de la pile. Une écorce encore bien collée signale plutôt un bois jeune. L'indice est bon mais lent : il dit qu'il s'est passé du temps, pas que le coeur est sec.

Le son au choc. Prenez deux bûches, cognez-les l'une contre l'autre. Un claquement clair et bref annonce un bois sec, un bruit sourd et mat un bois encore chargé. C'est l'indice le plus rapide de tous, et celui qui se compare le mieux d'une bûche à l'autre, à condition de cogner toujours le même type de pièce.

Le poids en main et la teinte. Une bûche sèche est nettement plus légère qu'une bûche fraîchement coupée de même taille, et sa couleur a viré vers le gris ou le jaune paille, loin du ton vif du bois qui vient d'être fendu. Ce repère ne vaut que par comparaison, entre deux pièces de taille voisine et de même essence : à séchage égal un chêne pèse plus lourd qu'un bois tendre, et ce qui sépare les essences les unes des autres tient d'abord à cette densité.

La méthode de référence, celle des laboratoires, consiste à peser un échantillon puis à le repeser après un passage en étuve : la différence donne l'eau au gramme près. Personne ne fait cela dans sa cour, et c'est exactement pour cette raison que l'humidimètre existe. Ces quatre indices, eux, restent des indices : ils orientent le tri, ils ne tranchent pas.

MéthodeCe qu'on observeCe qu'elle donne
Humidimètre au coeurun pourcentage affichéun chiffre, la seule méthode qui tranche
Fissures en étoile sur la sectionle bois a travaillé en séchantun indice, pas une valeur
Écorce qui se détachele temps a passé sur la bûcheun indice, pas une valeur
Son clair au chocdeux bûches cognées sonnent secun indice, pas une valeur
Poids en main et teinte griséela bûche a perdu de l'eau, donc du poidsun indice, valable en comparaison

Le bois affiche plus de 20 % : que faire ?

Rien n'est perdu. Un bois au dessus du seuil n'est pas un mauvais bois, c'est un bois qui n'a pas fini de sécher : vous avez en main l'équivalent d'un bois vendu mi-sec, qui réclame encore du temps avant d'entrer dans le foyer. Le brûler tel quel ferait partir une part de la chaleur en évaporation, et encrasserait le conduit plus vite que nécessaire.

Deux leviers font descendre le chiffre, et deux seulement. Le premier est la façon dont la pile est montée et abritée : hors sol, ventilée, couverte sur le dessus uniquement. Le second est le temps, qui n'est pas le même pour tout le monde puisqu'il dépend de l'essence et du moment où le bois a été fendu ; les durées de séchage à prévoir se comptent en saisons, pas en semaines. Un geste aide en plus : refendre les grosses pièces. Plus la section est fine, plus l'eau trouve de chemins pour sortir.

Reprenez la mesure quelques semaines plus tard, sur une bûche fraîchement fendue comme la première fois, et sur plusieurs pièces. Un tas qui progresse le montre. Quand le relevé passe sous 20 %, le bois est prêt et le reste se joue dans l'appareil : l'allumage par le haut tire le meilleur d'un bois enfin sec, avec beaucoup moins de fumée au démarrage.

Les repères de cette page

  • Bois prêt à brûler : 20 % d'humidité ou moins, classe H1 de la norme NF
  • Principe de l'humidimètre : deux pointes, mesure de la résistance électrique, le bois sec conduit mal
  • Mesure au coeur d'une bûche fraîchement fendue, pointes enfoncées de 5 à 10 mm au tiers de la longueur
  • Bois mouillé : le laisser deux à trois heures dans un endroit sec et ventilé avant la mesure ; mesure non exploitable sur un bois gelé ; pointes en contact direct, jamais à travers un film
  • Humidité sur masse brute (filière bois énergie et norme) contre masse anhydre (bois d'oeuvre) : 25 % sur masse anhydre équivaut à 20 % sur masse brute
  • Repères sans appareil : fissures en étoile, écorce qui se détache, son clair au choc
  • Bois sec nettement plus léger en main, teinte virant au gris ou au jaune
  • Méthode de référence : pesée d'un échantillon avant et après passage en étuve
  • Bois encore trop humide : refendre les bûches et reprendre le séchage sous abri sec et ventilé

Vos questions

Que faire si l'humidimètre affiche 25 % ?

Le bois n'est pas perdu, il n'a pas fini de sécher. Remettez-le sous un abri ventilé, hors sol et couvert sur le dessus seulement, refendez les plus grosses pièces pour accélérer, et reprenez la mesure quelques semaines plus tard sur une bûche fraîchement fendue.

Où planter les pointes de l'humidimètre sur une bûche ?

Au coeur, sur la face d'une bûche fendue en deux, au tiers de sa longueur et à 5 à 10 mm de profondeur. Une mesure prise sur l'écorce ou sur la surface extérieure donne un résultat plus bas que la réalité, car cette partie sèche bien plus vite.

Peut-on savoir si le bois est sec sans humidimètre ?

En partie. Des fissures en étoile sur la section, une écorce qui se détache, un son clair au choc et un poids nettement plus léger sont de bons indices. Ils permettent de trier un tas, pas d'obtenir une valeur.

Faut-il mesurer plusieurs bûches ou une seule suffit-elle ?

Plusieurs, prises à des endroits différents de la pile, et il faut retenir la moyenne. Le taux d'humidité varie sensiblement d'une bûche à l'autre selon son emplacement et son exposition au vent.

Peut-on mesurer un bois mouillé par la pluie ou pris par le gel ?

Non dans les deux cas. Sur un bois mouillé, l'eau de surface fait grimper l'affichage sans rien dire du coeur : laissez les bûches deux à trois heures dans un endroit sec et ventilé. Sur un bois gelé, le relevé n'est pas exploitable, il faut attendre le retour à température.

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